Culture juive | Publication
Chroniques lituaniennes - Dovid Umru - Traduit par Bastia Baum
Ultime traduction de Batia Baum, Chroniques lituaniennes fait entendre l’inflexion de voix chères qui se sont tues. À travers douze récits inédits, Dovid Umru restitue, dans la langue yiddish, l’instantané d’un monde disparu, celui des Juifs de Lituanie et d’Europe centrale à la veille de la catastrophe. Une œuvre majeure, entre comique et tragique, qui réhabilite un écrivain assassiné par les nazis et redonne chair à une société anéantie.
Avec Chroniques lituaniennes, le lecteur entre dans la photographie sensible d’une société effacée par la Shoah. Comme un écho au Monde d’hier de Stefan Zweig, Dovid Umru saisit l’instant fragile d’un univers où se mêlent modernité, traditions et aspirations politiques.
Né en 1910 à Alytus, en Lituanie, sous le nom de Dovid Liatskovich, Umru fut l’unique directeur du théâtre yiddish de Vilna. Son pseudonyme, tiré du mot yiddish umru ('le balancier d’une horloge") renvoie à la profession de son père, horloger, mais aussi à l’inquiétude du temps qui passe. Troisième enfant d’une famille traditionnelle marquée par l’influence d’un grand-père rabbin, il grandit dans un environnement d’exigence intellectuelle. Très tôt passionné de littérature, il s’engage dans la vie culturelle yiddish de Kovno, capitale intellectuelle de la Lituanie des années 1930. Arrêté dans les premières semaines de l’opération Barbarossa, il est assassiné par les nazis.
Les douze nouvelles réunies ici, traduites du yiddish par Batia Baum dans un travail d’une grande exigence littéraire, donnent à voir la vie quotidienne des années 1930, en Lituanie. Mais ces récits, où affleurent les prémices du sionisme sur fond de socialisme, pourraient se dérouler partout en Europe centrale. Ils composent le tableau d’un monde où la langue yiddish irrigue toutes les strates de la société, de l’université aux cercles intellectuels, et où la condition humaine se décline entre tendresse et dérision.
Écrites dans cette "langue invisible", les histoires d’Umru oscillent entre le comique et le tragique, la douceur et le bouffon. Sous l’élégance du style affleure une profonde réflexion, à la fois intemporelle et universelle, sur l’errance, l’engagement, la fragilité des idéaux et la fuite du temps.
L’anthologie s’ouvre sur un avant-propos émouvant d’Odile Suganas, nièce de l’auteur, qui inscrit ces textes dans une mémoire familiale et collective. Leur publication constitue bien plus qu’un événement éditorial : elle répare une injustice littéraire. Déjà, en 2006, la Bibliothèque Medem avait publié un premier recueil sous le titre À la croisée des chemins. Les nouvelles ici réunies sont inédites et confirment l’invention d’un très grand écrivain, demeuré trop longtemps méconnu.
En donnant accès à ce chef-d’œuvre, Batia Baum met à notre portée le tableau vibrant d’une culture anéantie. La réédition de ces textes ne possède pas seulement une valeur littéraire ; elle participe pleinement aux initiatives visant à rendre hommage à la richesse culturelle des victimes de la Shoah. Par la force de son écriture, Dovid Umru rejoint notre monde contemporain : ses interrogations, ses tensions politiques, ses élans et ses doutes résonnent avec une actualité troublante.
Cet ouvrage a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Ouvrage publié aux éditions Istya & Cie.