5-7 rue Corbeau. Hommage à Annette Zaidman - Sabine Zeitoun
2026
Sabine Zeitoun
Le 5-7 rue Corbeau, situé dans le 10ᵉ arrondissement de Paris - aujourd’hui rue Jacques-Louvel-Tessier - compte parmi les immeubles parisiens les plus durement frappés par la déportation des Juifs. La connaissance de ce passé n’a pu être établie que grâce aux témoignages de rares survivants, au premier rang desquels figure Annette Zaidman (1934-2022). Secrétaire générale des Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF) et membre de longue date du comité de lecture de la collection « Témoignages de la Shoah » de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, elle fut à l’initiative de cette étude, à laquelle cet ouvrage est dédié.
Dans cet immeuble du 5-7 rue Corbeau, où vivaient dès les années 1920-1930 de nombreuses familles juives immigrées d’Europe de l’Est, la guerre puis le régime de Vichy ont fait basculer le quotidien dans la persécution : recensement, marquage, rafles, arrestations, internements et déportations.
À travers ce microcosme parisien, l’ouvrage reconstitue une histoire à la fois collective et intime : les conditions de vie d’un habitat surpeuplé, l’enracinement des enfants grâce à l’école de la République, l’engagement de nombreux hommes en 1939 pour défendre la France, puis l’effondrement des protections quand l’État français met sa police et son administration au service de l’exclusion et de la livraison aux nazis. Le destin des plus jeunes y apparaît avec une force particulière : plusieurs dizaines d’enfants du 5-7 furent déportés dans des convois différents entre 1942 et 1944 ; presque aucun n’est revenu.
Cette enquête doit beaucoup à Annette Zaidman (1934-2022), elle-même enfant du 5-7 rue Corbeau, devenue par la suite secrétaire générale des Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF) et, durant de longues années, membre du comité de lecture de la collection "Témoignages de la Shoah" de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Dans Mémoire d’une enfance volée (1938-1948), son témoignage paru en 2002, elle avait livré le récit de sa petite enfance, puis celui de l’exclusion et des persécutions, avant d’évoquer le retour presque impossible à une vie dite normale.
C’est dans le prolongement de cette trajectoire intime, indissociable d’un engagement de toute une vie pour la transmission de la mémoire, qu’elle avait entrepris l’enquête approfondie consacrée à l’immeuble du 5-7 rue Corbeau. Orpheline de la déportation, "militante de la mémoire" et figure majeure des combats menés aux côtés de Serge Klarsfeld, Annette Zaidman avait patiemment rassemblé archives, traces et témoignages d’anciens habitants afin de restituer l’histoire précise de cet immeuble et de ses disparus. Interrompu par la maladie, ce travail a pu être repris, structuré et mené à son terme par l’historienne Sabine Zeitoun, à partir des matériaux accumulés et d’enquêtes complémentaires.
En ressuscitant l’immeuble, détruit en 1999, tel qu’il était avant et pendant l’Occupation, le livre montre comment un lieu de pauvreté, de solidarités et de rires d’enfants a été frappé de plein fouet par la "Solution finale", jusqu’aux spoliations et aux réparations tardives arrachées à la fin du XXᵉ siècle.
La cour intérieure du 5-7 rue Corbeau, renommée en 1946 rue Jacques-Louvel-Tessier, 1997 © Sophie Brändström
480 pages / 105 illustrations
Parution : janvier 2026
Collection Témoignages de la Shoah, éditions Le Manuscrit / Fondation pour la Mémoire de la Shoah