Mémoire | Film

Le Branleur, les aventures d’Edgar Hilsenrath - François‑Xavier Destors

Ce documentaire audacieux, œuvre hybride d’animation et d'archives, nous plonge dans l’univers transgressif d’Edgar Hilsenrath, premier écrivain juif allemand qui a osé rire face à la Shoah.  

Projection-rencontre : jeudi 5 novembre 2026, 19h au Mémorial de la Shoah, Paris

Ce documentaire explore la vie et l'œuvre littéraire d'Edgar Hilsenrath (1926-2018), écrivain juif allemand et survivant de la Shoah. L'ouverture donne le ton du film, placé sous le signe de l'irrévérence - promise par le titre -, de l'humour noir et de la tragédie, en montrant une interview télévisée de l'écrivain qui qualifie de "stupides" les questions qui lui sont posées, notamment sur ses origines juives et son obsession pour l'écriture et le sexe. 

Si le film adopte un déroulement chronologique classique pour ce type de biographie, le traitement se révèle d'une grande audace, alternant images d'archives et voix off de ses romans illustrée en animation. Le ton désinvolte de l'ensemble apparaît comme une défense pour mettre à distance l'horreur évoquée. Edgar Hilsenrath subit l'antisémitisme dès son enfance en Allemagne, puis la déportation en Bucovine, alors en Roumanie, aujourd'hui en Ukraine. "Bien au chaud dans la boue du ghetto", il survit avant d'embarquer pour la Palestine mandataire, en 1946 où il vivote, avant de venir en France, retrouver ses parents et son frère réunis à Lyon après la guerre. 

Il n'a dès lors qu'une obsession, écrire contre l'oubli, écrire pour guérir, écrire sur cet endroit qui l'obsède, "la forêt des six millions". La lecture d'Erich Maria Remarque lui fait comprendre qu'il doit devenir écrivain "avec son sang". S'ensuit un exil de plus de 20 ans à New York, pour écrire loin du regard de son père, qui voulait le voir devenir fourreur et non artiste. Malgré la crudité du texte, il publie son premier roman Nuit qui le fait connaître, avant Le Nazi et le barbier puis Fuck America. Mais réalisant que "la langue allemande est mon seul pays" et éprouvant le besoin de l'entendre et de ne plus se cacher, il rentre en 1975 en Allemagne. 

Ce documentaire, tout en sarcasme maîtrisé, est fidèle dans sa forme à la personnalité et la plume provocantes d'Hilsenrath, et renouvelle ainsi la manière de transmettre la mémoire de la Shoah, notamment auprès d'un public jeune. 

Le Branleur, les aventures d’Edgar Hilsenrath  - François‑Xavier Destors

France, documentaire, 52 min, Solent Production, Saule Production, Les films de la mémoire, Ma.ja.de, 2026

Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. 

Projection-rencontre

Jeudi 5 novembre 2026, 19h - dans le cadre du Mois du Film Documentaire

Mémorial de la Shoah
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