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    Manouchian et ceux de l'Affiche rouge - Hugues Nancy

    Diffusion : mardi 20 février 2024, 21h10 sur France 2
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    Le 21 février 2024, le résistant Missak Manouchian, né en Arménie, fera son entrée au Panthéon, accompagné de sa femme Mélinée, quatre-vingts ans après son exécution au Mont Valérien avec ses 21 compagnons ; la seule femme du groupe, Golda Bancic, juive roumaine, étant assassinée en Allemagne en avril 1944. 

    Cet hommage au couple Manouchian, sera aussi celui du Groupe Manouchian dans son ensemble, de ses membres, communistes et étrangers pour la plupart, juifs pour beaucoup, dont les 24 noms seront gravés dans la crypte : avec le sien, ceux de ses 22 compagnons et de leur supérieur hiérarchique Joseph Epstein, fusillé en avril 1944. C'est doncaussi un hommage à toutes les actions de résistance héroïques des Francs Tireurs et Partisans-Main d'Œuvre Immigrée (FTP-MOI).

    La célébrité du groupe Manouchian est largement due à la fameuse Affiche rouge, affiche de propagande placardée un peu partout par les nazis pour jeter l’opprobre sur les 23 “terroristes” du groupe. Et à l'émouvant poème d’Aragon, écrit douze ans plus tard et mis en musique par Léo Ferré, “Ils étaient vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.” Sans oublier les clichés de l'exécution des résistants, pris à la sauvette, comme il est expliqué dans le film, par un soldat allemand hostile au nazisme, les seules photos existant des nombreuses exécutions au Mont Valérien.  La mémoire collective a aussi retenu la très belle lettre de Missak, qui était aussi poète quand ses activités politiques lui en laissaient le temps, écrite à Mélinée quelques minutes avant d’être fusillé : “Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand.” 

    Le film d'Hugues Nancy, coécrit avec l'historien Denis Péchanski, un des spécialistes du sujet, aborde d'une façon très complète et pédagogique, uniquement grâce à des images d'archives, la trajectoire de Missak Manouchian, orphelin arménien, dont les deux parents ont été assassinés lors du génocide de 1915. Missak élevé dans un orphelinat au Liban, y apprend le français et embarque à 20 ans avec son frère pour Marseille. Ouvrier à Paris, Missak se mêle à la bohème parisienne, suit des cours en auditeur libre à la Sorbonne, écrit ses premiers poèmes en arménien. Il tente sans succès d'être naturalisé français. Avec la montée des ligues en France et du péril fasciste en Europe, Missak Manouchian s'engage dans la section MOI - Main d'Œuvre Immigrée - du Parti communiste qui fonctionne par groupes de langues, dont un groupe de langue yiddish. À la tête de la section arménienne de la MOI, il y rencontre sa future femme, Mélinée Assadourian, orpheline du génocide arménien comme lui. 

    Le groupe Manouchian photographié dans la cour de la prison de Fresnes par la propagande allemande (février 1943) 

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    Le film s'attache à rappeler les principales étapes du parcours de Manouchian et de ses futurs compagnons. 1936, c'est l'année du Front populaire et aussi le coup d'État de Franco qui précipite plusieurs MOI à s'engager dans les Brigades internationales où ils acquerront une expérience précieuse dans leurs futures actions de résistance en France : Joseph Epstein, juif polonais, et Joseph Boczor, juif hongrois, futur chef du groupe des "dérailleurs". 1939, c'est la fin de la guerre d'Espagne et le début de la "drôle de guerre" mais aussi la signature du pacte Germano-Soviétique qui oblige le PCF à l'inaction face à l'Occupation allemande. Entretemps, Manouchian comme Epstein, toujours étrangers apatrides, se sont engagés dans l'armée française.

    En juin 1941, après l'invasion de l'Union Soviétique par les nazis, tous ceux de la MOI rentrent dans la résistance active, rejoints par de très jeunes gens, italiens comme l'espoir du Red Star, Rino Della Negra ou espagnols comme l'ancien brigadiste Celestino Alfonso ou par les jeunes Juifs Marcel Rayman ou Thomas Elek, révoltés par l'arrestation de leurs proches. En 1942, la lutte armée s'intensifie et les MOI deviennent FTP (Francs Tireurs et Partisans) - MOI. En 1943, Manouchian devient chef du groupe de combat des FTP-MOI pour la région parisienne sous le nom de Georges.

    Avec des troupes réduites, mais motivées, bien renseignées (c'est notamment la fonction d'Olga Bancic) et organisées, ils réussisent en septembre 1943 l'assassinat en plein Paris du haut gradé Julius Ritter le chef du STO en France. Mais ce qu'ils ignorent, c'est que la police de Vichy, sous les ordres de René Bousquet, aiguillonnés par les nazis, est à leurs trousses. En novembre 1943, un énorme coup de filet fait tomber 70 personnes, emprisonnées à Fresnes et pour la plupart déportées, sauf les 23 autour de Manouchian. Parmi les 23 dont 11 sont juifs, la propagande nazie isolera 10 éléments représentatifs de ces "terroristes", les prendra en photo et réalisera la mise en scène de l'Affiche rouge

    Jugés sommairement du 15 au 18 février à l'hôtel de Castiglione transformé en cour martiale, le verdict tombe sans surprise : ils sont tous condamnés à mort, sommés d'écrire une dernière lettre à leur proche. Tandis que s'élève la chanson de Léo Ferré, le film se clôt sur les photos du Mont Valérien où ils sont fusillés le 21 février, sauf Golda Bancic, qui n'est pas considérée comme une combattante et sera envoyée en Allemagne où elle sera exécutée en avril. Joseph Epstein, le chef des FTP de la région parisienne, qui avait échappé au coup de filet initial, tombera peu après et sera fusillé en avril 1944. 

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    Ce documentaire d'Hugues Nancy produit par Nova Productions a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

    La voix off du film est assurée par Arthur Teboul, chanteur du groupe Feu Chatterton qui a repris avec talent la célèbre chanson d'Aragon et Ferré. 

     

    Diffusion 

    Diffusion : mardi 20 février 2024, 21h10 sur France 2

     

    La cérémonie au Panthéon sera retransmise en direct mercredi 21 février matin. 

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