Lutte contre l'antisémitisme |
Des ressources sur l'Affaire Alfred Dreyfus
En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier français de confession juive, est accusé de trahison au profit de l’Allemagne. Condamné sur la base d’un dossier fragile puis de faux documents, il est déporté au bagne de l’île du Diable. Alimentant divers rebondissements, "l'Affaire" va scinder la France entre "dreyfusards" et "antidreyfusards" pendant plusieurs années. Pour mieux comprendre cette "Affaire", nous vous proposons un choix de ressources.
À l’automne 1894, les services de renseignement français découvrent un document non signé, le « bordereau », adressé à l’attaché militaire allemand à Paris. Les soupçons se portent rapidement sur Alfred Dreyfus, capitaine d’artillerie, polytechnicien et l’un des rares officiers juifs de l’état-major.
L’accusation repose essentiellement sur une expertise graphologique contestée. Malgré l’absence de preuve décisive et les avis divergents des experts, Dreyfus est arrêté le 15 octobre 1894 puis traduit devant un conseil de guerre.
Le procès de 1894
Le procès se déroule à huis clos en décembre 1894. Les juges militaires prennent connaissance, à l’insu de la défense, d’un « dossier secret » transmis illégalement pendant les délibérations. Déclaré coupable de haute trahison, Alfred Dreyfus est condamné à la déportation perpétuelle.
Le 5 janvier 1895, il est publiquement dégradé dans la cour de l’École militaire à Paris. Quelques semaines plus tard, il est envoyé au bagne de Guyane, sur l’île du Diable, où il vit dans un isolement extrême pendant plusieurs années.
La découverte du véritable coupable
À partir de 1896, plusieurs éléments remettent en cause la condamnation. Le lieutenant-colonel Georges Picquart identifie progressivement le commandant Ferdinand Walsin Esterhazy comme l’auteur probable du bordereau. L’état-major refuse pourtant de reconnaître son erreur.
Lorsque Esterhazy est acquitté en janvier 1898, les partisans de la révision se mobilisent davantage. Le 13 janvier, Émile Zola publie dans L’Aurore son célèbre article « J’accuse… ! », qui dénonce les responsabilités militaires et politiques dans la condamnation de Dreyfus. L’affaire devient alors un débat national opposant dreyfusards et antidreyfusards.
Vers la réhabilitation
En 1898, il est établi que plusieurs pièces utilisées contre Dreyfus sont des faux. Le commandant Hubert Henry, auteur de l’un de ces documents, avoue avant de se suicider en prison.
Saisie du dossier, la Cour de cassation annule la condamnation de 1894 et ordonne un nouveau procès. Réuni à Rennes en 1899, un second conseil de guerre reconnaît pourtant à nouveau Dreyfus coupable, tout en lui accordant des « circonstances atténuantes ». Cette décision provoque une vive émotion. Quelques jours plus tard, le président de la République lui accorde sa grâce.
Il faut attendre le 12 juillet 1906 pour que la Cour de cassation annule définitivement les condamnations prononcées contre lui. Alfred Dreyfus est alors réhabilité, réintégré dans l’armée et décoré de la Légion d’honneur.
En 2025, le Sénat a adopté une loi élevant, à titre posthume, Alfred Dreyfus au grade de général de brigade. A l'occasion du 120e anniversaire de la réhabilitation du capitaine, une première Journée nationale de commémoration de la réhabilitation d’Alfred Dreyfus est organisée le dimanche 12 juillet 2026.
Théâtre
- "Si tu veux que je vive, Lucie et Alfred Dreyfus" - Théâtre de l'Imprévu (2026)
"Si tu veux que je vive, Lucie et Alfred Dreyfus" est une adaptation théâtrale qui retrace l’Affaire Dreyfus au travers de la correspondance entre les deux époux et des écrits de Séverine, journaliste engagée et proche de Jules Vallès. Entre injustice, déchirement et courage, cette pièce met en lumière un épisode fondamental de notre histoire et le combat acharné d’un homme et d’une femme pour la vérité et l’honneur.
Ouvrages
- L'histoire de l'Affaire Dreyfus de 1894 à nos jours - Philippe Oriol (Les Belles Lettres, 2014)
Depuis l’arrestation du capitaine Dreyfus en 1894 jusqu’à sa réhabilitation en 1906, de la traîtrise d’Esterhazy au combat des "dreyfusards", cet ouvrage de 1500 pages détaille les multiples facettes de cet épisode et en étudie les échos jusqu’à nos jours.
- Catalogue Maison Zola - Musée Dreyfus (2023)
Cet ouvrage est le catalogue de l’exposition permanente de la Maison Zola-Musée Dreyfus, musée ouvert au public depuis novembre 2021. Coordonné par Philippe Oriol, historien spécialiste de l'Affaire et directeur du musée, il rassemble sur plus de 400 pages, près de 800 illustrations, en deux parties : l'une pour la maison, l’autre pour le musée, et donc de très nombreux documents autour de l'Affaire Dreyfus.
- Œuvres complètes (1894-1936) - Alfred Dreyfus (Éditions Les Belles Lettres, 2024)
Dès sa mise en accusation en 1894, Alfred Dreyfus adopta l’écriture comme un principe de survie et un acte de vérité, pour défendre son honneur et espérer dans la justice. La publication de tous ses écrits en un seul volume apporte une contribution majeure à l'histoire, à la mémoire et à la lutte contre l’antisémitisme.
- Un antisémitisme républicain ? La presse radicale du Sud-Ouest dans le contexte de l’affaire Dreyfus - Solange de Fréminville (Éditions Presses universitaires du Midi, 2024)
Alors que l’antisémitisme était une arme forgée par leurs principaux adversaires conservateurs catholiques, La Dépêche (Toulouse) et Le Petit Méridional (Montpellier), quotidiens populaires républicains, artisans de la prospérité du radicalisme dans le Sud-Ouest, ont politisé le "problème juif" avant même l’affaire Dreyfus. Mais c’est lors de l’affaire Dreyfus que les deux quotidiens radicaux ont déployé un récit en mesure de susciter l’aversion des lecteurs envers "le traître". Solange de Fréminville s'est appuyé sur l'étude de centaines d'articles des deux quotidiens pour éclairer cet aspect peu connu de l'histoire de l'antisémitisme en terre radicale.
- Dreyfus, jour de gloire. L'incroyable histoire des 12 juillet de la République - Vincent Duclert, Joël Abadie, Eric Cénat, Marie-Neige Coche (Les Belles Lettres, 2026)
Le 12 juillet de Dreyfus retrace l’histoire et la portée mémorielle de la date du 12 juillet 1906, jour où la Cour de cassation réhabilite définitivement Alfred Dreyfus. À travers cette victoire de la justice sur l’erreur judiciaire, l’auteur éclaire les combats menés pour la vérité, l’État de droit et l’égalité des citoyens. Le livre montre comment cette date est devenue un symbole de résistance à l’antisémitisme et un repère pour les démocraties contemporaines.
Lieux
La statue de Bernard Lazare, premier défenseur du capitaine Dreyfus, installée en 1908 dans les Jardins de la Fontaine à Nîmes puis détruite en 1942 sous le régime de Vichy, va faire l’objet d’une réinstallation à l’identique, à l’initiative de l'association "Collectif Histoire et Mémoire". Son retour met en lumière la portée exemplaire de l’engagement de Bernard Lazare contre l’antisémitisme, inscrivant cette démarche dans la compréhension des mécanismes historiques qui ont conduit à la Shoah.
- Musée Dreyfus (2021)
Situé à Médan dans les Yvelines, dans une dépendance de la maison d'Émile Zola, le premier musée consacré à l'Affaire Dreyfus a été inauguré fin octobre 2021. Aménagé dans une dépendance de la propriété d’Émile Zola, le musée Dreyfus propose un parcours mettant l’accent sur des documents et des archives peu connus.
Exposition
- Alfred Dreyfus. Vérité et justice - Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme (2025)
Cette exposition rappelle les grandes étapes de l'Affaire Dreyfus, ce moment crucial de l’histoire de la République française, et met en avant le combat acharné de l'officier pour faire éclater la vérité. Cette approche nouvelle corrige l’image d’un Dreyfus effacé au profit d'un inlassable combattant de la vérité et de son honneur, défendus dans des écrits récemment sortis de l'oubli.
- Dreyfus, histoire d’une famille juive française - Musée de la Diaspora (2014)
Cette exposition présentée au Musée de la Diaspora (Beit Hatfutsot) à Tel Aviv se propose d’explorer l’Affaire Dreyfus sous son angle le moins connu, celui des membres de la famille d’Alfred Dreyfus restés dans l’ombre et pourtant engagés jusqu’au bout sur le plan juridique pour obtenir sa réhabilitation.
Colloque
- Bernard Lazare et Charles Péguy, deux intellectuels au service de la vérité - Cercle Bernard Lazare (2014)
Le Cercle Bernard Lazare a été fondé il y a 60 ans. Pour marquer cet anniversaire, le Cercle organise un colloque consacré à Bernard Lazare et Charles Péguy. Quatre tables rondes rappelleront l'affaire Dreyfus, dont le caractère antisémite fut pointé par Lazare, et mettront en lumière le rôle de ces deux hommes de lettres qui ont œuvré pour faire reconnaître l'innocence du Capitaine Dreyfus.
- L’affaire Dreyfus : quelles leçons à retenir ? - Université de Tel-Aviv (2014)
Ce colloque fait intervenir des universitaires français et israéliens, spécialistes d'histoire, de littérature et de théâtre. Il entend retravailler, dans une perspective à la fois culturelle et politique, la notion d'engagement telle qu'elle s'est constituée lors de l'affaire Dreyfus.