La Fondation | Hommages
Disparition d'Arlette Testyler
Nous avons appris avec une grande tristesse la disparition d’Arlette Testyler, vendredi 12 juin 2026, à l’âge de 93 ans. Née à Paris, elle est arrêtée avec sa mère Malka et sa sœur Madeleine le 16 juillet 1942, puis conduite au Vélodrome d'Hiver avant d’être internée au camp de transit de Beaune-la-Rolande. Toutes trois parviennent à s’en évader. Arlette et sa sœur sont ensuite cachées, jusqu’à la Libération, par une famille de Vendôme, Jeanne et Jean Philippeau, reconnus Justes parmi les Nations en 2025. Présidente de l'Union des déportés d'Auschwitz, elle n’a cessé de témoigner et de transmettre le récit de ce qu’elle avait vécu. Nous adressons nos plus sincères condoléances à ses proches.
Née Arlette Reimann le 30 mars 1933 à Paris, elle est la fille d’Abraham Reimann, fourreur originaire de Pologne, et de Malka Reimann. Ses parents, immigrés juifs polonais installés en France au début des années 1930, ont insufflé la fierté de leur identité française à leurs filles.
En mai 1941, son père est arrêté lors de la rafle dite du "billets vert" et interné au camp de Pithiviers. Malka Reimann multiplie alors les démarches pour tenter de secourir son mari. Pendant plusieurs mois, elle s’installe à proximité du camp avec ses deux filles afin de pouvoir lui faire parvenir des nouvelles.
Le 16 juillet 1942, lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, Malka, Madeleine et Arlette sont arrêtées à leur domicile parisien par la police française. Conduites au Vélodrome d’Hiver, elles y découvrent les conditions d’internement qui marqueront durablement la mémoire de la fillette de neuf ans. Dans ses nombreux témoignages, Arlette Testyler évoquait la chaleur étouffante, la soif, les odeurs, la détresse des familles et les scènes de désespoir auxquelles elle assista.
Quelques jours plus tard, elles sont transférées au camp de Beaune-la-Rolande. C’est là que la détermination de leur mère leur sauve la vie. Malka Reimann convainc les gendarmes du camp de les libérer en leur révélant l’existence de biens cachés appartenant à l’atelier de fourrure familial. Les trois femmes quittent le camp et regagnent clandestinement Paris avant de trouver refuge dans le Vendômois.
À Vendôme, Jeanne et Jean Philippeau les accueillent et les protègent jusqu’à la Libération. Cachées sous de fausses identités, Arlette et Madeleine retrouvent une apparence de vie normale, fréquentent l’école et échappent ainsi à la déportation. Pendant des décennies, les deux sœurs œuvreront pour faire reconnaître le courage de leurs sauveteurs. Le 16 juin 2025, Jeanne et Jean Philippeau ont été élevés à titre posthume au rang de Justes parmi les Nations.
Le père d'Arlette, Abraham Reimann, déporté à Auschwitz, n’est jamais revenu. Après la guerre, Malka Reimann entreprend chaque jour des démarches à l’Hôtel Lutetia et à la gare de l’Est dans l’espoir de retrouver son mari parmi les survivants. Lorsqu’elle apprend sa disparition à Auschwitz, son état physique et moral se dégrade rapidement. Elle meurt en janvier 1946, laissant Arlette et Madeleine orphelines.
Les deux sœurs affrontent alors seules les difficultés de l’après-guerre. Malgré les épreuves, elles reconstruisent leur existence. Madeleine épouse Yosef Testyler. Arlette rencontre quant à elle Charles Testyler, lui-même survivant de la déportation, passé par Auschwitz et plusieurs camps nazis. Leur mariage marque le début d’une vie reconstruite après la catastrophe. Ensemble, ils reprennent l’activité de fourrure fondée par Abraham Reimann et fondent une famille.
Longtemps, Arlette Testyler garde le silence sur son histoire. Après la reconnaissance par le président Jacques Chirac de la responsabilité de l’État français dans la persécution et la déportation des Juifs de France, elle décide de se consacrer à la transmission de la mémoire.
Présidente de l’Union des déportés d’Auschwitz depuis fin 2024, elle intervient sans relâche dans les établissements scolaires, les lieux de mémoire et les cérémonies commémoratives. Avec son mari Charles, disparu avant elle, elle publie en 2012 Les Enfants aussi, consacré à leurs parcours respectifs pendant la guerre. En 2024 paraît J’avais neuf ans quand ils nous ont raflées, dans lequel elle revient sur son arrestation, son internement et sa survie.
Jusqu’aux dernières années de sa vie, Arlette Testyler n’a cessé d’alerter sur les dangers de l’antisémitisme, du négationnisme et de l’oubli. Consciente d’appartenir à la génération des derniers témoins directs de la Shoah, elle considérait que sa mission était de transmettre la mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus.
Arlette Testyler reçoit les Palmes académiques des mains de Pierre-François Veil
Publié le 12/06/2026