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Enseignement de la Shoah en primaire : Réflexions et propositions de la Fondation
Dans le cadre de la réflexion lancée suite à la déclaration du Président de la République, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a participé à la réunion du mercredi 27 février, placée sous l’égide de M. Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale. Elle a soumis les réflexions et propositions suivantes aux participants.

La Fondation a rappelé l’importance de l’enseignement de la Shoah au sein de l’école primaire. Cet enseignement qui avait failli disparaitre des programmes du CM2 a en effet un caractère formateur qui, loin de traumatiser les enfants, éveille en eux un esprit de responsabilité et le souci du respect des autres.

Si la proposition du Président de la République demande, dans son application, des orientations peut-être différentes ou plus diversifiées que celle proposée au départ, la Fondation regrette la campagne d’hostilité dont elle fut l’objet. Au-delà des réserves et des critiques constructives de certains historiens, psychologues ou enseignants, cette proposition a fait l’objet d’une instrumentalisation politique qui a donné lieu à des dérives honteuses sur un sujet dont la gravité mérite plus de respect et de retenue.

La Fondation estime qu’il est essentiel de poursuivre la réflexion concernant l’enseignement de la Shoah de façon globale : au primaire, mais aussi au collège, au lycée et à l’université, afin de proposer aux élèves des enseignements adaptés à leur niveau. Les deux commissions de la Fondation qui travaillent sur l’enseignement de la Shoah (Présidente, Mme Elisabeth de Fontenay) et la Recherche en Histoire et dans les sciences humaines (Président, M. André Kaspi) sont prêtes à travailler sur ces sujets en concertation avec les Ministères de l’Education nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Pour ce qui concerne le niveau des CM2 : sur la base des nombreuses initiatives pédagogiques concluantes déjà réalisées grâce à l’utilisation de livres et brochures de témoignages écrits par des survivants à destination des enfants, de films spécifiques, de mallettes et de sites Web pédagogiques, la Fondation considère qu’il convient d’abord d’éviter d’imposer un modèle pédagogique unique ; elle souhaite, au contraire, que la transmission de la connaissance de la Shoah qui va s’insérer directement dans les propositions récemment énoncées en vue de la réforme de l’enseignement primaire, soit adaptée et diversifiée, en fonction des situations et surtout en raison de possibilités différentes offertes par les ressources pédagogiques. A cet égard, la Fondation estime évidemment que ces initiatives pédagogiques doivent être conduites à l’initiative du Ministère de l’Education Nationale, en bonne intelligence avec la communauté éducative, et qu’un accent particulier doit être mis sur la formation des professeurs des écoles, des conseillers pédagogiques et des inspecteurs de l’Education nationale, formations que le Mémorial de la Shoah conduit déjà mais dont le développement concerté pourrait être une piste de travail importante.

La Fondation, soucieuse de l’enseignement des faits, essentiel à la connaissance et à la transmission, considère que la sensibilisation des enfants passant par la connaissance de l’histoire d’autres enfants est pertinente. Toutefois, elle préconise que soit proposée aux élèves l’étude collective de témoignages d’enfants juifs ayant vécu la Shoah mais ayant survécu à la persécution nazie à laquelle étaient étroitement associées les autorités de Vichy. La focalisation sur le destin des enfants juifs persécutés, soit ayant traversé la déportation, soit ayant survécu grâce aux réseaux de sauvetage et à l’action des Justes, doit permettre de mettre en avant tout le drame et l’ampleur de la Shoah, en parallèle à l’évocation de la mémoire des enfants qui, eux, ne sont pas revenus. Mettre en avant « ces pages de lumière » écrites par des personnes qui ont risqué leur vie pour sauver celles de ces enfants juifs nous semble formateur.

Toutefois, la sensibilisation aux histoires des 11400 enfants déportés et qui ne sont pas revenus et dont le Mémorial des enfants réalisé par Serge Klarsfeld conserve la mémoire, doit pouvoir être également abordée en classe, notamment dans les écoles qui ont gardé la trace des enfants qui en furent les élèves mais également dans les autres écoles, afin d’expliquer la dimension de « crime contre l’humanité » qui caractérise la Shoah et à laquelle il convient de se référer.

La FMS poursuivra donc son action et sa réflexion déjà bien engagée dans ces matières, en liaison avec les équipes pédagogiques du Mémorial de la Shoah, afin de proposer aux enseignants, des formations et des ressources pédagogiques pertinentes et en apportant son soutien à d’autres initiatives qui s’inscrivent dans le même principe du respect de la personnalité des enfants et de leur diversité.

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